Le double contexte d’une publication et les 6 chapeaux de Bono
Edition #230 | Tout ce qu’il te faut pour interpréter au mieux tes prises de parole
Une publication LinkedIn n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle est d’abord un message produit dans le contexte de l’auteur au moment de sa création, puis lu dans un autre contexte, celui du lecteur. Je devrais même utiliser le pluriel, comme il y aura autant de contextes que de lecteurs.
Transcription
Quand tu écris, tu codes ton message, sans en avoir conscience, à travers les clefs de cryptage de ton métier, ton expérience, ton éducation, tes enjeux du moment, ton intention, ton humeur. Tout ça imprime une couleur à ta production. Tu choisis certains mots plutôt que d’autres, tu mets l’accent ici, tu évites certains écueils, tu assumes un angle, tu en laisses d’autres de côté. Puis tu publies. Une publication sur LinkedIn, un article de blog, une newsletter, une note interne.
Ta prise de parole arrive chez son destinataire. Plutôt ses destinataires. Des personnes qui n’ont pas ton contexte mental, qui ont le leur. Parce qu’un lecteur ne lit jamais à vide. Il lit avec ses attentes, son vécu, ses croyances, ses réflexes, ses peurs, ses objectifs. Un ensemble de facteurs qui constitue son propre contexte professionnel et personnel. Il peut ainsi entendre une nuance que tu n’as pas cherchée, projeter une intention que tu n’avais pas, ou au contraire capter un sous-texte qui t’échappait. Il lit entre tes lignes avec sa clef de décryptage qui n’est jamais la même que celle avec laquelle tu as crypté ton message. Il reconstruit alors ta pensée selon son logiciel mental.
J’ai envie de te parler de ça aujourd’hui parce que je prépare deux interventions sur la prise de parole sur LinkedIn. Et, dans le brief, l’enjeu de s’exprimer est au centre des sujets demandés parce que c’est exactement là que beaucoup se bloquent.
Création continue
Ils imaginent qu’ils doivent sortir la bonne vérité, la formulation parfaite, l’idée incontestable. Pour ne pas être jugés, mis en porte-à-faux. Pour eux, très souvent, pas de publication rime avec pas de prise de risque. J’ai une réponse qui, certes, prêche pour ma paroisse, est surtout une vraie conviction. Ne pas prendre la parole est un plus grand risque qu’ils ignorent. Celui de laisser les autres occuper le terrain. Les autres, ce sont leurs concurrents, leurs pairs, leurs prospects et clients. Tout leur écosystème professionnel en fait.
Ne pas prendre la parole, c’est comme participer à un événement de networking professionnel, se mettre dans un coin et ne participer à aucune discussion. Ce qui revient à se rendre invisible, malgré soi, sans s’en apercevoir, de son environnement professionnel.
Alors qu’en réalité nous passons notre vie à créer des contenus sous différentes formes : un compte rendu de réunion, une note de service, une présentation, un e-mail, une discussion à la cafet, un échange téléphonique. Ce sont des sources d’idées de contenus à exploiter pour prendre la parole, en respectant évidemment la confidentialité des données échangées.
Publier, c’est accepter que ton propos va vivre dans l’interprétation des autres. Tu interpréteras d’ailleurs cette édition de #MaitriserLinkedIn différemment des autres abonnés. Et vous êtes plus de 2 000, ça en fait des interprétations possibles.
Prendre la parole pour clarifier sa pensée
Prendre la parole est un outil très concret à plusieurs niveaux. Déjà, tu clarifies ta pensée en l’écrivant. Pourquoi crois-tu que je fais cet exercice toutes les semaines ?
Ensuite, tu la rends partageable, pour te confronter à la réalité. Si quelqu’un désapprouve, ce n’est pas automatiquement un échec, c’est une occasion de creuser, de préciser, de découvrir un angle mort, parfois de te remettre en question et d’affiner ton idée. A condition qu’il n’y ait aucune agressivité volontaire.
As-tu déjà consulté les nombreux commentaires sous certaines publications LinkedIn ? Oui, je te l’accorde, certains sont des agressions disproportionnées. Je ne te parle pas de ceux-là qui ne méritent pas notre attention. Je te parle de ceux qui participent au débat, qui cherchent à comprendre, qui remettent en cause, qui font réfléchir.
De nombreuses fois je me suis retrouvé moi-même à remettre en cause mon adhésion première à la publication que je venais de lire car certains commentaires apportaient un angle différent, une nuance, une perspective que je n’avais pas envisagée.
Et c’est à chaque fois pareil. Comme si la méthode d’Edward de Bono avec ses 6 chapeaux s’invitait sous chaque publication :
Un lecteur ou une lectrice qui te demande des preuves, coiffé de son chapeau blanc, qui n’envisage que les faits, rien que les faits.
Un qui t’explique ce qu’il ressent à la lecture de tes arguments, coiffé de son chapeau rouge, exprimant ses émotions à la lecture.
Un qui me parle car je me retrouve en lui, l’avocat du diable, celui qui voit les risques avec son chapeau noir
Un au chapeau jaune, l’optimiste qui voit les bénéfices
Un qui vient te proposer des alternatives, le créatif au chapeau vert.
Un dernier pour piloter le projet, cadrer l’objectif, coiffé de son chapeau bleu.
Anticipation
Tu connais ces six chapeaux de Bono ? En résumé, c’est pour forcer une discussion de groupe à passer volontairement par plusieurs angles distincts, au lieu de tout mélanger. C’est un exercice redoutablement efficace dans un design sprint.
L’idée est de détourner cette méthode pour une relecture individuelle. Pas facile à exécuter seul. L’exercice est néanmoins intéressant pour sortir de ses ornières. C’est aussi là que l’IA générative devient utile en la paramétrant pour jouer à tour de rôle l’un des six protagonistes pour analyser ta publication.
Chaque chapeau a donc une couleur et un angle précis d’analyse. En théorie, c’est :
Chapeau blanc : les faits, rien que les faits. Ce que l’on sait, ce qu’on ne sait pas, les informations à vérifier. Pas d’opinions.
Chapeau rouge : le ressenti, l’émotion. Intuitions, émotions, signaux faibles. Pas besoin de justifier.
Chapeau noir : les risques, l’avocat du diable. Ce qui peut poser problème, les limites, les objections, les conséquences négatives.
Chapeau jaune : la valeur de l’optimisme. Ce que ça apporte, les opportunités, les bénéfices, ce qui peut marcher.
Chapeau vert : la créativité. Alternatives, idées nouvelles, angles différents, tests.
Chapeau bleu : le pilotage. Cadrer l’objectif, organiser l’ordre des chapeaux, décider des prochaines étapes.
Tu peux récupérer le prompt de mon Agent IA Notion et l’utiliser tel quel ou l’ajouter comme compétence dans Claude. J’ai ajouté le résultat du prompt sur cet article.
En jouant avec cette méthode, tu tires deux bénéfices. Déjà tu peux retravailler ton texte en suivant les arguments qui t’inspirent, quel que soit le chapeau. C’est un moyen d’ajuster ton texte pour qu’il tienne mieux face aux lectures possibles. Tu traites tes angles morts, tu valides tes points de vue, tu renforces ton texte. Ensuite, tu pourras anticiper les arguments des échanges potentiels à venir.
Au fond, tu n’écris pas pour imposer ta vérité. Tu écris pour poser ton contexte, en sachant que ton texte sera forcément interprété depuis d’autres contextes. C’est précisément ce qui rend la prise de parole intéressante. Tu progresses dans tes convictions en les renforçant, en les affinant, en les remettant en cause.
N’oublie pas mon mantra, issu du Cluetrain Manifesto, “les marchés sont des conversations”. Alors prendre la parole, c’est faire partie du marché.
Avant de partir, j’ai été interviewé par Alain Muleris sur son podcast “Vitamine V, le coaching commercial vitaminé” pour parler de LinkedIn. Episode #49 à écouter sans modération. Avec tes 6 chapeaux de Bono.


Très juste analyse sur le mécanisme d’encodage et décodage d’un message !
C’est exactement ce qui rend les méthodes de pensée structurée si puissantes dans les échanges collectifs. Les Six Chapeaux d’Edward de Bono obligent à séparer des registres cognitifs que nous mélangeons spontanément — faits, émotions, critique, créativité, projection, pilotage.
Dans les ateliers que je facilite (Design Sprint ou intelligence collective), c’est toujours un moment révélateur : les désaccords deviennent des explorations et les objections deviennent des ressources.
Ce que tu proposes ici en utilisant les chapeaux pour relire sa propre prise de parole est d’ailleurs une super idée d'application de la méthode.
Avec l’IA générative, on franchit une étape supplémentaire et simuler ces six perspectives pour tester la robustesse d’une idée avant publication. C’est presque un mini comité de lecture cognitif.
Les grands esprits…
De mon côté, mon prompt des 6 chapeaux me sert à affiner une réflexion (https://outilsnum.fr/6-chapeaux-bono-chatgpt/). J'aime beaucoup ta proposition de l'utiliser pour analyser une prise de parole.
J'avais pareil avec les 4 couleurs du DISC pour identifier si / comment le message était compris par tout le monde